Il y avait du 14 au 15 Juillet le Monegros Desert festival, prévu de longue date et attendu comme l’aboutissement d’une saison de soirées toujours plus démentielles. Puis quelques jours avant des sources haut placées nous informaient de l’existence du festival Summercase. Et nous voulions tant y aller pour voir Daft Punk et Fatboy Slim et Massive Attack et tous les autres que nous n’hésitions pas une seconde à allonger notre bonheur espagnol. Nous voulions pleurer et rire et taper dans nos mains et danser et voir de nos yeux de français le meilleur de ce que notre pays peut donner, au pied de la pyramide.
Dès le mercredi nous étions à Barcelone, instantanément imprégnés des charmes de la ville, de sa gastronomie, de l’ivresse que ses breuvages peuvent procurer et sans nous attacher au coté culturel déjà bien connu. Nous étions là pour la folie. Et nous errions de bars en clubs en terrasses, emplis de tapas, de mojitos, de piña coladas, de sangria et de toute la joie que la nuit procure dans la chaleur espagnole. Les rues et les ruelles s’enchainaient et dans le flou de nos yeux nous voyions le bonheur d’être jeunes et prêts à tout pour le vivre à fond. Et la fatigue était bien là mais la joie restait la plus forte lorsque le vendredi nous vîmes arriver l’heure de rejoindre le Parc Del Forum et de nous préparer à 24h de danse et de rires non stop devant ce que nous préférons au monde : les vibrations d’un mur qui crache du son, au milieu des bras levés.
barcelone, ses nuits, la meilleure pina colada du monde
Summercase – Parc Del Forum – Barcelone – 14 Juillet 2006
C’est en arrivant que nous comprenons que plus rien ne sera jamais pareil pour nous, le lieu est tellement hors normes, magnifique et gigantesque. La mer est là juste devant nous. Et cette esplanade où sont installées les scènes est tellement sublime. Un chapiteau à l’entrée, une scène plus loin, un autre chapiteau climatisé et au fond vers la plage cet amphithéâtre énorme. Quelques stands, des espaces de détente et pas mal de bars et au loin cet espace VIP sous cette structure indescriptible.
L'amphithéatre
La zone VIP .. au loin
La scène où tout à l'heure les Daft Punk vont jouer.
Les Dirty Pretty Things assènent leur punk-pop et les 2 exs de The Libertines sont décidemment plus joyeux sans Pete Doherty. Ensuite je passe voir la performance de Sparks qui est un truc complètement déjanté entre art-pop, opéra rock et un délire surprenant et énergique. Vingt albums derrière eux et je les découvrais à peine, ma formation n’était pas achevée.
Belle & Sebastian a attaqué dans l’amphi, un petit tour là bas et puis s’en va, ce n’est pas pour moi mais le public en redemande. Je m’amuse ensuite de l’electro pop inclassable de Super Fury Animals. Puis la chanteuse de The Cardigans est très mignonne et pleine d’énergie, le concert est plaisant mais déjà mon esprit est ailleurs et mon œil est fixé sur l’heure. Car il sera bientôt une heure du matin et je sens la folie monter en moi. Il est plus que temps de se mettre en place pour le live de Daft Punk.
The Cardigans et leur jolie chanteuse.
Déjà un rideau est tendu devant la scène et nous empêche de voir la préparation du groupe. Et la pression monte petit à petit puis de plus en plus à mesure que le début de notre révélation prend du retard. Vers 1h15 le rideau tombe, nous avons une boule dans la gorge en découvrant en écrans et en lumières ce qui nous avait fait rêver sur les vidéos de Coachella et des Eurockéennes. Le souffle se coupe. Deux robots sont perchés dans une pyramide qui se recouvre d’images, et la lumière coule comme une cascade et tout autour les lumières nous transportent et derrière l’écran nous parle. La musique se fait bonheur et tout y passe de Homework à Human After All. Mixés, remixés, mélangés les morceaux nous transportent et nos yeux n’y croient pas et nos oreilles nous remercient de ce voyage. Et on alterne entre hurlements et hébétude, nos jambes nous élèvent au dessus du sol et nos bras s’agitent dans un tourbillon.
Quand les deux robots relèvent la tête et font signe de la main avant de s’en aller il y a comme un flottement. On reste là, émus et bouleversés d’avoir vécu ce moment si unique que l’on avait attendu depuis 10 ans et dont on reparlera toujours. La pyramide.
Nous sommes des enfants de la pyramide.
Après ça il fallait un grand nom et même le toujours bon live de Massive Attack, revendicatif sur ses écrans allumés de rouge ne suffit pas. Ni même le bon set des Filthy Dukes déchainés.
Non, pour nous achever il a fallu Fatboy Slim. Il ne mixera pas vraiment deux disques mais sa sélection est parfaite et composée pour une large part de ses morceaux dans des versions pas forcément connues. Norman Cook est perché au milieu d’écrans géants diffusant un live vidéo calé au millimètre sur sa musique. Il va nous faire hurler et nous émouvoir. Nous sommes en sueur jusqu’au bout, achevant nos jambes sans souci du lendemain. Nous vénérons l’enthousiasme et l’envie de donner du plaisir de l’homme à la chemise fleurie sautillant au milieu des images.
Fatboy Slim - DANCE BITCH.
Ensuite il est tard et temps de trouver un endroit ou se reposer avant de faire les 200 km qui nous séparent de notre seconde étape : Monegros. Nous sommes épuisés mais savons déjà que le festival Summercase est devenu une référence dès sa première édition. Et nous y étions.
Tout était réuni pour nous faire passer un moment d’une incroyable puissance et l’organisation était plus parfaite que jamais. L’argent donné à la billetterie était là, il avait servi à monter une des plus belles soirées qu’il m’ait été donné de voir.
Monegros Desert Festival – Dans le désert près de Fraga – 15 Juillet 2006
Summercase n’était pas encore digéré qu’il fallut partir vers Fraga, à 200km environ de Barcelone, en plein désert. Une fois là bas tenter de se reposer par 75° minimum avec la peau qui fond au soleil.
Vers 16h30 nous partons vers le site du festival pour nous rendre compte en route, au milieu des milliers de gens qui convoient avec nous, que nous allons vraiment nous retrouver dans le désert. Sans ombre, sans arbres avec comme seul compagnon le sable… et le soleil là haut qui tape droit sur les épaules.
Tout est encore formidablement organisé et on nous guide vers le parking grand comme une ville, nous évitons de fastidieux contrôles de la guardia civil bien présente au sol et en l’air en hélicoptère. Je récupère comme la veille mon accred en quelques secondes auprès d’un service presse compétent. Et à peine plus tard nous sommes à l’intérieur du site et en prenons la mesure. Sans perdre un instant nous avançons vers la scène ou déjà Richie Hawtin a mis en transe un public averti et venu tôt pour jouir au soleil de 3h de démonstration menée de main de maitre.
Richie Hawtin, le soleil et 80 kw de son ... une des petites scènes.
Entre temps nous avions saisi le truc. A Monegros à l’arrivée on vous remet un cadeau, ici un bracelet orange frappé du logo de cette année, et dans le sachet un ticket boisson que beaucoup vont perdre dans l’empressement de revêtir ce nouvel artefact. En quelques minutes d’observation vous êtes prêts à boire gratuit toute une nuit. Ou plutôt 10 minutes. Car dans le désert la consommation de bière est importante. Trop. Votre corps rejette tout le liquide que vous buvez par chacune de ses pores. De 17h30 à 20h00 nous assimilons pour toute notre vie le goût de la San Miguel à force d’aller-retour incessants entre le bar et la piste de la « petite » scène et de ses 80 kilos de son. On bronze, on réveille des muscles endoloris par la soirée de la veille et les quasi-zéro-minutes de sommeil. Les filles sont belles en maillot, luisantes et les garçons exhibent leurs muscles et leurs tatouages, les coiffures tiennent bien et à notre tour nous brillons de mille paillettes après un passage dans le couloir brumisant.
Puis nous nous dirigeons vers la plus grande scène pour le live de Hardfloor. En passant devant le mur de son de 140 kilos notre corps manque d’imploser et nous comprenons déjà qu’il faudra regarder tout ça de loin. C’est lourd, puissant et acide mais hélas au bout de 5 minutes la moitié du son s’éteint, puis repart bientôt. Mais déjà le vent se lève annonciateur de tempête. En quelques minutes la sécurité ferme la grande scène extérieure. La pluie, giflante, commence à tomber. On nous dit qu’une structure est tombée sur la piste de danse de la scène Logic Pro mais en arrivant là bas on comprend que tout s’est bien passé, le public danse et tape dans les mains comme si de rien était pendant que des ouvriers déblaient les décombres.
Le ciel s'assombrit, la tempête fait rage, les grues nettoient les structures effondrées.
A partir de là tout devient flou, les deux scènes non couvertes sont fermées, la pluie redouble et la puissance du vent est telle qu’il est désagréable de se promener.
Je me rappelle de cette ambiance formidable dans la tente prévue pour s’asseoir à des tables et manger, les gens sont serrés les uns contre les autres, mouillés et souriants et quand
Pete Tha Zouk, star d’un soir, relance après un break, sous le chapiteau proche qui déborde de fêtards tentant de s’abriter de la pluie, ce sont des hurlements alentours. La pluie ne semble pas vouloir cesser et c’est une vraie tempête à laquelle nous assistons, avec des éclairs si beaux et si effrayants à la fois. Le lieu du festival ressemble à un champ de bataille et aucune chaise n’est encore debout, aucun lieu n’est intact. Partout des gens courent et prenant soin d’éviter de passer trop près des poteaux métalliques. Vers 22h30 je m’aventure dans un chapiteau pour voir le live de
2020 Soundsystem et leur performance electrotek laptop + batterie + basse m’impressionne. Je fais un tour pour me rendre compte que je n’aime pas du tout
La Excepcion. Régulièrement je perd mes amis dans cette foule compacte de 50 000 personnes au minimum et les portables passent si mal et il y a tant de bruit et il pleut mais peu importe, tout va bien se passer.
A partir de là je ne prend plus de notes sur ce que je vois et dans quel ordre, je ne suis plus vraiment conscient et il y en a tellement, partout, j’erre.
Puis la grande scène semble s’animer alors que la pluie se calme par intermittence, on éspère le live de
The Prodigy qui finira effectivement par commencer mais pile en même temps que celui de
Method Man & Redman. Le choix est impossible à faire alors on court de la scène au chapiteau essayant de grappiller des bouts de concert. Et la pluie reprend nous éloignant un peu de Prodigy, énergiques et punks à souhait, qui mettent la foule en transe. De l’autre côté on peut apprécier la qualité de show à l’américaine des ex du
Wu Tang les aficionados sont en délire, une main en l’air et les pieds dans la boue. Et moi je n’en peux plus, la foule est trop dense, tant que les publics des deux grandes scènes n’en forment qu’un. On ne peut plus circuler, il fait sombre, nous sommes trempés et décision est prise à ce moment là de se reposer un instant. Il faut parfois savoir s’avouer vaincus. On rejoint la voiture pour une petite heure de sommeil bercée par le son très audible du live de
Luke Slater puis de la grosse performance de
Ben Sims … enfin on suppose.
De retour à un semblant de vie nous irons voir le mix de
Los Hermanos qui ramène très peu de public. Hélas nous raterons le concert de
Galaxy 2 Galaxy.
Tout est décalé par rapport à notre line-up, il est dur de se repérer mais bientôt le jour se lève et le soleil se prépare à sécher la tempête et à aggraver nos brûlures. Après un tour vers
Kenny Larkin toujours parfait et le temps de voir que
Apparat s’est retrouvé sur une scène si petite que nous la découvrons seulement au matin, au loin c’est
Carl Cox qui prend les platines et je cours vers lui soudain empli d’une énergie inespérée.
Le jour se lève sur la grande scène...
... et sur une partie du parking
Huit ans que j’attendais de revoir Carl, son sourire, son énergie et sa maîtrise. Il nous prouve pendant deux heures qu’il est toujours l’un des meilleurs DJ du monde. Sur 3 platines CD sa performance est remarquable et je danse sur la terrasse VIP surplombant la foule, sans me soucier de gaspiller mes dernières forces. Le sourire revient et le plaisir de vivre tout ça.
Dave Clarke remplace Carl Cox et offre une bonne prestation techno comme
presque toujours. Puis on ne sait plus qui joue. Mes oreilles pensent que c’est
Umek tant le mix que nous entendons est incroyable bourré de technique et d’effets au service du dance-floor, sans doute un des sets de l’année. Nous sommes au soleil, heureux et réunis à écouter de la vraie techno et à oublier toute cette minimale qu’on nous sert à toutes les sauces et en tous lieux. Un petit tour vers la scène ou
Cristian Varela et Marco Bailey font sauter la banque, avec le sourire, me réconciliant ainsi un peu avec eux et leurs performances passées.
C’est bientôt la fin et il est l’heure d’aller apprécier le dernier mix de cette matinée. Il est 11h00 et
Mistress Barbara lâche tout, hard techno pour achever les nombreuses personnes encore vivantes.
Le plus grand chapiteau.
Je rampe vers le parking à la recherche d’une ombre que je ne trouverai jamais puis m’effondre plusieurs heures comme je peux au milieu de ce gigantesque parking, les pieds à l’extérieur de la voiture et même le bruit des hélicoptères ne m’empêche pas de dormir avant de repartir pour essayer de regagner la France.
Nous avons la satisfaction du travail bien fait et la certitude d’avoir poussé notre résistance jusqu’au bout en bons guerriers électros du désert. Un week-end de joie et de bonheur musical mais aussi de fatigue et de doute … sera t’on capables de le refaire l’année prochaine ? En tout cas avant cela, loin de nous reposer sur nos lauriers nous vivrons la folie belge de Pukkelpop et avec le sourire du 17 au 19 Août. Et vous ?